Les trois quarts des Français sont d'accord : nos grandes marques de luxe sont les meilleurs ambassadeurs de la France à l'étranger. Mais nos belles griffes sont surtout la meilleure réponse à la délocalisation massive de nos emplois industriels. Quand les marques de chaussettes ou de jouets achètent pour quelques centimes des modèles fabriqués en Chine, nos maisons de luxe engrangent des milliers d'euros de marge sur les bijoux, parfums et sacs produits par des artisans français et vendus aux nouveaux milliardaires chinois. « C'est de la délocalisation à l'envers », aime à résumer Bernard Arnault, le PDG du Groupe LVMH.
Une spécialité parfaitement maîtrisée par les marques tricolores préférées des Français : Dior, Chanel, Louis Vuitton, Yves Saint Laurent, Cartier et Hermès, selon les résultats du sondage CSA/L'Expansion. Le malletier Louis Vuitton, avec plus de 3 milliards d'euros de chiffre d'affaires, est la première marque mondiale de luxe. LVMH, son propriétaire, est le plus grand groupe du secteur. L'un des plus rentables, aussi. Et Cartier, premier joaillier et deuxième horloger de la planète, s'il appartient au groupe suisse Richemont, reste avant tout une marque d'essence hexagonale, rappelle son président, Bernard Fornas. Selon une récente étude du cabinet de consultants AT Kearney réalisée pour le compte du comité Colbert, une association regroupant 68 maisons de luxe françaises, nos marques détiennent le tiers d'un marché évalué à 138 milliards d'euros en 2005, devant les italiennes et les américaines. A elles seules, les sociétés qui adhèrent au comité emploient directement 33 000 personnes en France, et même 115 000 si l'on inclut les sous-traitants et les distributeurs. Elles vendent 82 % de leurs produits à l'étranger, pour un montant de 12,1 milliards d'euros en 2005.
C'est dire l'ampleur de ce qui est l'une des plus belles réussites économiques de la France. Car avant d'étendre leur domination sur le monde, les marques françaises ont su exploiter un patrimoine vieux de plusieurs siècles. C'est sous l'impulsion de Louis XIV et de son ministre Colbert que le luxe français prend son essor, au XVIIe siècle. Le Roi-Soleil crée les premières manufactures, dont celle des Gobelins pour la tapisserie. Il s'entoure des meilleurs artisans et artistes. La tradition va se perpétuer pendant les siècles suivants, notamment le XIXe. A cette époque, des artisans comme Thierry Hermès, Louis Vuitton ou Louis-François Cartier créent leurs propres maisons à Paris. La révolution industrielle, le développement des voyages et l'ascension de la grande bourgeoisie feront le reste. Puis, au XXe siècle, des créateurs comme Coco Chanel, Jeanne Lanvin ou Christian Dior finiront d'ancrer Paris comme capitale mondiale du luxe dans l'imaginaire collectif de la clientèle internationale.

